2011 : Ces mots qui s'imposent
Ces mots qui s'imposent…

Les lois récentes relatives aux secteurs sanitaire et médico-social imposent un vocabulaire hétérogène à nos pratiques, qui participe non seulement d'un glissement sémantique mais aussi idéologique. Quelles en sont les incidences sur nos fonctionnements institutionnels, sur nos propositions éducatives et thérapeutiques ? Comment une élaboration collective concernant notre éthique peut-elle guider notre positionnement ?
Les récentes réformes : la certification (1996) pour le secteur sanitaire et l'évaluation (2002) pour le secteur médico-social, la réforme concernant le statut de psychothérapeute (2003), les rapports de l'INSERM sur la prévention de la délinquance mais aussi sur l'évaluation de l'efficacité des thérapies de type analytique, familiale et cognitivo-comportementaliste, la loi sur le handicap (2005), la loi Hôpital Patients Santé Territoires (HPST) (2009), ou les nouvelles classifications d'origine américaine (nouveau DSM prévu en 2013) publicisent une nouvelle représentation des pratiques professionnelles.
Le champ lexical relatif à la gestion gagne tous les pans de la société, y compris la sphère de l'intime et bouleverse ainsi les représentations publiques de nos professions. Combien d'entre nous n'ont pas entendu de la bouche des parents "je n'arrive plus à gérer mon enfant".
Les processus de certification et d'évaluation tendent à universaliser des conceptions pourtant très variées de la " qualité ", la " performance ", la " bientraitance ". Les établissements de l'ARISSE proposent chacun des types de thérapies différentes. Comment alors affirmer les singularités, la diversité et la pluriconfessionnalité comme des gages de qualité ?
Depuis la loi dite « Kouchner » (4 mars 2002) dans le secteur sanitaire et la loi n°2002-2 réformant l'action sociale et médico-sociale (2 janvier 2002), les patients acquièrent de nouveaux droits. Dans la loi 2002.2, le terme « usager » se substitue à celui de « patient ». Ce glissement sémantique induit une représentation nouvelle de la prise en charge.
En outre, le vocabulaire professionnel tend à médicaliser toutes les tendances " anormales " et non plus pathologiques. Ainsi, les " dys ", dyslexie et dysphasie se généralisent. L'autisme est aujourd'hui considéré comme un Trouble Envahissant du Développement (TED). Les classifications (CFTMEA, CIM-10, DSM 4) tendent à reconsidérer notamment la folie comme un handicap. Les financements du secteur médico-social, y compris des CMPP, dépendent du handicap. Qu'est-ce que ces nouvelles nosographies induisent chez le patient, sa famille et plus généralement son entourage ? Assistons-nous à une désubstantialisation des concepts psychologiques, banalisés ? Depuis la loi de Roselyne Bachelot reconsidérant les formations des psychothérapeutes et médecins, votée en 2008.
La généralisation des évaluations de type échelles cliniques et tests projectifs.
Les communications de cette journée d'étude s'intéressent à ce vocabulaire, « ces mots qui imposent ». Tout le personnel était invité à intervenir (autant le personnel administratif que le personnel soignant : les psychiatres, psychologues, psychomotriciens, orthophonistes, éducateurs spécialisés). Les communications abordent des thèmes forts différents et des points de vue divergents se confrontent.

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